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Vous êtes chaque année près de 250 millions à vous presser le long des côtes de la Méditerranée. Dans les stations balnéaires françaises, en Espagne sur la Costa Brava, et plus loin encore. Mais saviez-vous que lorsque vous vous baignez dans ces eaux chaudes, une multitude d’animaux et de végétaux aux couleurs fantasques vit paisiblement près de vous ?
On évoque souvent le côté noir de la Méditerranée. Sillonnée par 30 % des navires marchands et 20 % des pétroliers de la planète, habitée sur tout son pourtour par 150 millions de personnes, elle est victime de la pollution humaine. Peut-on dire pour autant que c’est une mer malade ? « Je dirais plutôt qu’elle est en convalescence », analyse Pierre Descamp, biologiste marin (lire entretien ci-dessous), qui se félicite de voir que de grosses sommes ont été investies ces dernières années dans le traitement des eaux usées urbaines, qui sont rejetées dans le bassin méditerranéen par près de 69 fleuves.
Des photos hors du commun
Lui et son associé Laurent Ballesta ont fondé en 2001 une société, Andromède Océanologie (*), basée à Montpellier. Leur mission consiste à réaliser des cartographies et des expertises des fonds marins. Ainsi, début juillet, ils vont s’envoler pour un mois au large des côtes tunisiennes pour analyser deux parcs nationaux situés en pleine mer. Mais leur mission consiste également à produire des photos de toute beauté pour sensibiliser les gens à la biodiversité extraordinaire qui vit sous la mer, comme celles publiées ci-contre. Bien que polluée, la Méditerranée recèle des trésors insoupçonnés, et n’a rien à envier aux océans de la planète.
(*) www.andromede-ocean.com

“Il y a une biodiversité extraordinaire le long des côtes méditerranéennes”


Pierre Descamp est un biologiste marin passionné, qui sillonne les fonds marins pour mener des expertises afin de protéger au mieux la biodiversité. Il nous livre sa vision de la Méditerranée.

FRANCE-SOIR. La mer Méditerranée est-elle en danger ?
Pierre Descamp. En convalescence serait un terme plus approprié. La sonnette d’alarme avait été tirée par le Commandant Cousteau dans les années 1960, mais depuis, des efforts considérables ont été réalisés. En particulier pour le traitement des eaux usées urbaines, ce qui a permis de sauvegarder l’essentiel de nos côtes et la bonne qualité de l’eau actuelle. Evidemment, localement, il y a quelques points noirs, mais la mer est « bonne fille », elle a un fort pouvoir de dilution et donc disperse les problèmes.

F.-S. Quelle est sa particularité ?
P. D.
C’est une mer plus fragile que les autres, car elle est quasi fermée. Lorsque l’eau de l’Atlantique pénètre dans le bassin méditerranéen, il lui faut presque cent ans pour en faire le tour puis en ressortir. C’est très long. La Méditerranée n’est pas un lac, mais ce n’est pas non plus une machine à laver, l’eau est peu brassée. S’il devait y avoir une marée noire, ce serait catastrophique, comme dans le Golfe du Mexique. Par ailleurs, si l’on fermait le détroit de Gibraltar, elle se viderait en quelques milliers d’années à cause de l’évaporation.
F.-S. Comment se portent les espèces qui vivent en Méditerranée ?
P. D.
Il y en a plus de 7.000, soit plus de 5 % de la biodiversité mondiale. Parmi elles, il y en a 30 % qu’on ne trouve pas ailleurs. Les trois quarts de ces espèces vivent aux endroits où la profondeur ne dépasse pas 50 m, car les sels minéraux au large sont vite mangés par les planctons et ces zones sont plutôt stériles. Près de la côte, il y a de la lumière et des sels minéraux, les ingrédients essentiels pour la vie. Il faut donc imaginer un trait de stylo très fin tout le long des côtes, qui représente une faune et une flore extraordinaire. C’est pour cela que ce bassin est une destination très prisée des plongeurs. Je pense notamment au coralligène, ce sont des paysages recouverts de gorgones rouges et d’animaux très beaux. On le trouve sur les parois rocheuses à partir de 25 m jusqu’à 90 m.

F.-S. L’aménagement du littoral cause-t-il toujours autant de tort ?
P. D.
C’est effectivement l’un des principaux facteurs d’érosion de la biodiversité. 40 % des côtés méditerranéennes sont artificialisées (digues, quais, etc.), or comme je le disais précédemment, la biodiversité se trouve surtout près des côtes. Mais le pire est déjà passé. On ne verra plus désormais de constructions comme les grosses stations balnéaires en Languedoc-Roussillon, avec la Grande Motte, le Grau du Roi. Je ne suis pas un intégriste de l’écologie, mais je pense que les choses auraient pu être mieux faites si on avait eu à l’époque une sensibilité environnementale. En revanche, il faut faire attention aux autres pays du Sud, car s’ils provoquent de gros dégâts, on en subira les conséquences cinquante ans plus tard avec la circulation de l’eau.
F.-S. Si vous ne deviez garder qu’une image de la Méditerranée, quelle serait-elle ?
P. D.
Difficile à dire ! Peut-être le plus long poisson du monde, le régalec, connu aussi sous le nom du Roi des Harengs, qui peut faire jusqu’à 11 mètres de long. Les marins l’ont longtemps pris pour un serpent des mers, une sorte de monstre marin. Et imaginez la réaction des gens lorsque l’on retrouvait ce poisson gigantesque venu des profondeurs échoué sur la plage ! Lorsque mon collègue Laurent Ballesta l’a pris en photo, enroulé autour d’une bouée au large de la Corse, c’était une vive émotion.
article à retrouver sur http://www.francesoir.fr/environnement/mediterranee-la-plus-belle-mer-du-monde-est-nos-pieds et dans l’édition papier du 4 juin.