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Dans le contexte de la crise actuelle qui menace la biodiversité, les écologues ont jusqu’ici focalisé leurs recherches sur le rôle de la biodiversité dans le fonctionnement des écosystèmes, comme la production de biomasse ou le recyclage des nutriments (à forte valeur économique). Il y a pourtant une facette « immatérielle », mais néanmoins fondamentale, qui reste encore peu explorée: sa beauté ! Une équipe de scientifiques (CNRS, Université de Montpellier, Andromède Océanologie et Agence de l’Eau RMC) a quantifié comment la biodiversité des récifs coralligènes, écosystème sous-marin clé de Méditerranée, participe directement à leur beauté. Cette étude nous pousse à nous interroger sur nos motivations à préserver la biodiversité et sur les raisons qui expliquent notre perception de la beauté du vivant.

st pierre coralligene

Récif coralligène en Méditerranée. © Laurent Ballesta pour Andromède Océanologie/Agence de l’eau RMC : Campagne RECOR 2011.


La valeur esthétique des paysages participe au bien-être humain. Pourtant, elle est rarement prise en compte dans les études qui lient biodiversité et services rendus à l’Homme par la Nature (services écosystémiques) qui s’intéressent principalement aux aspects « économiques » de la biodiversité (services de provision ou de régulation). Cette étude mesure comment la valeur esthétique (beauté) des récifs coralligènes est perçue par le grand public, et sa relation avec trois facettes de la biodiversité : taxonomique, phylogénétique et fonctionnelle. Les récifs coralligènes sont construits par des algues calcaires entre 15 et 120 m de profondeur. Ils abritent plus de 1 500 espèces dont le très recherché corail rouge. La perception de la valeur esthétique a été mesurée grâce à un questionnaire en ligne basé sur des photos de récif coralligène effectuées en Méditerranée française. En parallèle, trois facettes de la biodiversité ont été mesurées sur ces photos. Les résultats montrent que la le nombre d’espèces (diversité taxonomique) et la diversité des traits écologiques (diversité fonctionnelle) ont des effets positifs significatifs et complémentaires sur la valeur esthétique. Les photos contenant le plus d’espèces mais aussi le plus de groupes fonctionnels (associés au bon fonctionnement des écosystèmes) ont été les plus appréciées par le grand public, et ceci, quelque soit le milieu socio-professionnel des personnes interrogées ! Ces résultats suggèrent une relation entre l’état écologique des écosystèmes (approximé par les différentes facettes de la biodiversité) et le simple plaisir que l’on peut avoir à les regarder. Les explications de ce phénomène sont à chercher dans notre passé évolutif mais aussi dans nos bagages culturels. Reste maintenant à comprendre comment les espèces participent individuellement à notre appréciation de la beauté de ces paysages et à affiner l’analyse sociologique de ces résultats. Dans un monde où les aspects économiques sont devenus centraux, cette étude nous rappelle que les aspects culturels de la biodiversité, comme sa simple « beauté », devraient aussi être fondamentaux dans nos motivations à protéger la diversité écologique.

 
Contacts :
Anne-Sophie Tribot (Doctorante CNRS, Fondation de France)
Nicolas Mouquet (CNRS, coordinateur scientifique)
Julie Deter (Andromède Océanologie, Université Montpellier)
 
Référence :
 
Tribot A.S., Mouquet N., Villéger S., Raymond M., Hoff F., Boissery P., Holon F. & Deter J. 2016. Taxonomic and functional diversity increase the aesthetic value of coralligenous reefs. Scientific Reports 6, Article number: 34229. doi:10.1038/srep34229, PDF